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Dépendance à l'alcool

Posté le Lundi 23 Octobre 2006 par Dr.Isabelle JAQUET-PH Psychiatrie-CHU Sainte Marguerite-Sce Pr.LANCON

Pour diagnostiquer l'alcoolisme, il est moins important de connaître les quantités d'alcool qu'une personne consomme que de savoir comment cette consommation affecte les différents aspects de sa vie. Il existe de nombreux questionnaires pouvant aider au diagnostic. Un des plus simples se résume à quatre questions:
- Avez-vous déjà pensé à diminuer ou à arrêter votre consommation d'alcool?
- Recevez-vous des commentaires négatifs de la part de votre entourage concernant votre consommation d'alcool?
- Vous sentez-vous coupable lorsque vous buvez ou lorsque vous avez bu?
- Ressentez-vous le besoin de consommer de l'alcool pour vous remettre le lendemain d'un abus?

Des examens physiques et des tests de laboratoire peuvent être effectués pour diagnostiquer toute maladie ou condition reliée à la consommation d'alcool.

Traitement

L'alcoolisme est une maladie chronique dont la rémission dépend seule de l'abstinence. Le traitement de l'alcoolisme comprend donc habituellement deux phases: la désintoxication et la réhabilitation. La phase de désintoxication est différente d'une personne à l'autre et dépend de la sévérité de l'alcoolisme, de sa durée et de la quantité d'alcool consommé. Certaines personnes ne ressentiront que des symptômes légers comme des nausées, des maux de tête, des tremblements et de l'anxiété. Dans les cas les plus sévères, il peut y avoir des hallucinations, de la confusion et une agitation pouvant aller jusqu'au delirium tremens. Certains médicaments, dont les benzodiazépines, sont utiles dans le sevrage alcoolique médicalement supervisé. Ils servent à réduire les symptômes du sevrage sévère. La phase de réhabilitation consiste à demeurer abstinent. Les thérapies individuelles ou familiales et les groupes d'entraide sont souvent utiles. Le premier pas vers la réhabilitation est de reconnaître qu'on a un problème d'alcool. Même si les rechutes sont fréquentes, de nombreux alcooliques réussissent à vaincre leur maladie et peuvent mener une vie normale en demeurant sobre.

La dépression
Rappelons qu'un syndrome dépressif est souvent associé à la dépendance alcoolique (prévalence sur un an : 15 %). Cette dépression est le plus souvent (environ 70 % des cas) secondaire à la dépendance alcoolique. Contrairement aux idées reçues l'alcool ingéré de manière chronique est un très mauvais antidépresseur, il a même un effet dépressogène (qui provoque la dépression).

L'anxiété
Des nombreuses études épidémiologiques, on ne peut tirer que des conclusions incertaines : certes, l'association entre anxiété et alcoolisme est indiscutable et fréquente, mais la prévalence de l'alcoolisme varie selon le type d'anxiété : la phobie sociale et l'agoraphobie (angoisse ressentie dans des lieux publics) entraîne un risque beaucoup plus net d'alcoolodépendance (20 %) que l'anxiété généralisée ou les troubles paniques. De toute façon, l'anxiété est le plus souvent secondaire à l'alcoolisme.
ALCOOL ET SANTE
L'alcoolisation chronique est facteur de risques au niveau de tout l'organisme, du foie, du système digestif et cardio-vasculaire, de certains types de cancers, de mort accidentelle.
Plus le niveau de consommation est élevé et plus la mortalité globale est élevée.
La mortalité plus élevée des gros buveurs résulte principalement du suicide, de l'homicide, des lésions accidentelles, et de diverses pathologies comportant la cirrhose hépatique, l'accident vasculaire cérébral hémorragique et les cancers des voies respiratoires supérieures et digestives.
L'ivresse est associée à 40-50 % des décès de la circulation, à 25-35 % des accidents de voiture non mortels, à 64 % des incendies et des brûlures, à 48 % des hypothermies et des cas de gelure, et à environ 20 % des suicides. L'alcool est aussi incriminé dans 40 % des chutes et 50 % des homicides (victimes ou criminels), même à des concentrations inférieures aux taux légaux d'alcoolémie.
Alcool et maladie cardiovasculaire
Hypertension artérielle
L'alcool est le troisième facteur d'hypertension artérielle, après l'âge et le poids corporel, et devant le tabac et les conditions de vie.
Près de 50 % des buveurs présentent une hypertension artérielle. Celle-ci diminue lors du sevrage et augmente à nouveau en cas de rechute.
Appareil digestif
une alcoolisation chronique augmente le risque de cancers des voies aérodigestives supérieures (cavité buccale, partie supérieure du pharynx, larynx). Ce risque augmente d'autant plus avec le tabagisme.
Caries dentaires. Plusieurs études ont montré que les alcooliques perdent plus de dents que les non-alcooliques
L'alcoolisation chronique favorise la survenue d'un reflux gastro-oesophagien et augmente le risque de cancer de l'oesophage.
L'alcool est la principale cause d'inflammation de l'estomac (gastrite aiguë érosive).
Les hémorragies digestives sont fréquentes chez les personnes alcooliques. Elles sont principalement dues à des ruptures de varices oesophagiennes, à des altérations de la muqueuse gastrique, voire à son ulcération. Une gastrite chronique survient plus fréquemment et de façon plus précoce (avant 45 ans) chez les alcooliques que chez les personnes abstinentes. Elle s'accompagne en général d'une anémie et d'une dénutrition.
Une consommation chronique d'alcool entraîne des perturbations hépatiques : la stéatose alcoolique peut évoluer vers une hépatite alcoolique, puis vers la cirrhose. L'ensemble de ces lésions constitue les maladies alcooliques du foie. Les différentes études anatomiques montrent que seuls 6 % à 27 % des patients alcooliques ont un foie normal ; 25 à 75 % d'entre eux présentent une stéatose hépatique, 11 % à 30 % ont une hépatite, et 8 % à 30 % développent une cirrhose. Le traitement des maladies hépatiques du foie repose essentiellement sur l'abstinence, et une alimentation équilibrée.
système nerveux
Les effets de l'alcool sur le système nerveux forment un ensemble complexe et sont à l'origine de nombreuses perturbations :
Perturbations du sommeil

Il a une action négative à la fois sur la qualité du sommeil, et, pendant la journée, sur la vigilance. Ainsi, les perturbations du sommeil sont fréquentes chez les personnes alcooliques, mais également chez certaines personnes qui ont complètement cessé de boire.

Delirium tremens

C'est une affection gravissime, qui peut se manifester lors du sevrage d'une personne alcoolo-dépendante.
Epilepsie
L'alcoolisme apparaît comme la première cause d'épilepsie tardive de l'adulte. Les personnes alcooliques peuvent présenter des crises d'épilepsie liées au sevrage, ou, dans une moindre fréquence, à une ivresse.
Accidents vasculaires cérébraux (AVC)

L'alcool est un facteur de risque d'accidents vasculaires cérébraux, notamment d'infarctus cérébral et d'hémorragie cérébrale et augmente les risques de décès de ce type, indépendamment des autres facteurs de risque tels que l'hypertension artérielle, le tabac, le diabète ou les antécédents d'accident vasculaire cérébral.
Démence alcoolique

L'alcoolisation chronique est considérée comme la troisième cause de démence chez les malades hospitalisés.
L'abus prolongé d'alcool pouvant éventuellement provoquer des lésions cérébrales et donner lieu à des symptômes proches de ceux de la démence, on a longtemps considéré l'alcool comme un facteur de risque de la Maladie d'Alzheimer. On connaît cependant peu de choses sur un quelconque lien entre la consommation modérée et la fonction cognitive.
Hallucinations

Les buveurs peuvent être victimes d'illusions (sensations déformées à partir d'un élément sensoriel réel) ou d'hallucinations (sensations perçues sans élément sensoriel réel).
Coma éthylique

La consommation d'une très forte quantité d'alcool peut provoquer un coma éthylique.

La grossesse
Le Syndrome d'Alcoolisme Foetal
On considère que le syndrome d'alcoolisme foetal représente la troisième cause de retard mental congénital et est à l'origine d'un tiers des naissances prématurées.
On lui associe :
· des malformations crânio-faciales : caractérisées par une réduction de la taille du crâne, un nez et une lèvre supérieure de petite taille, une mâchoire inférieure plus petite et en retrait, un rétrécissement des paupières. Ces malformations persistent à l'âge adulte.
· un retard de croissance global affectant la taille, le poids et le crâne. En général, les enfants resteront de petite taille à l'âge adulte.
· des anomalies du système nerveux : causées par une atrophie du cerveau et un développement incomplet de certaines parties de celui-ci, elles se traduisent par un handicap intellectuel sévère.
· des malformations d'organes. Elles sont nombreuses, mais il n'est pas clairement prouvé que l'alcool soit seul responsable. Les malformations les plus fréquentes concernent le coeur, les organes génitaux externes et les articulations.

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