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Environ 50 % des adolescents et des jeunes adultes ont consommé ou consomment du cannabis aujourd'hui dans les pays développés contre 10 % il y a 30 ans. La question de la dangerosité psychiatrique et/ou sociale de l'utilisation du cannabis est donc un enjeu majeur de santé publique.
Depuis de nombreuses années, des études épidémiologiques conduites dans plusieurs pays ont retrouvé des associations significatives entre consommation de cannabis et survenue ultérieure de troubles psychiatriques variés (dépressions, suicides, schizophrénie...) et de difficultés d'insertion sociale (moindre niveau d'études, comportements antisociaux...).
La question posée à la communauté médicale et à l'ensemble de la société est de savoir si ces associations indiscutables sont ou non causales.
Dans le premier cas, le cannabis agirait par une toxicité neurologique directe ou en favorisant l'immersion dans un environnement « déstructurant » et serait donc responsable des pathologies psychiatriques et des troubles sociaux constatés. La lutte contre l'usage de cannabis devrait alors être une priorité nationale de santé publique.
Dans le deuxième cas, les associations observées ne seraient pas causales. Elles pourraient être dues soit à une relation inverse (les troubles psychiatriques favorisant l'usage de drogues), soit à des biais méthodologiques des études épidémiologiques ayant retrouvé ces associations, soit à des facteurs de confusion non détectés (l'usage de drogue et la survenue de troubles psychiatriques étant favorisés par des causes communes).
Un examen critique de toute la littérature
Pour trancher dans ce débat fondamental, les études cas-témoins sont de peu d'utilité et, en l'absence d'essais comparatifs évidemment impossibles ou d'études d'intervention peu réalisables, seuls des suivis prospectifs de la population générale adolescente et adulte semblent pertinents.
Une équipe de chercheurs britannique a donc souhaité réexaminer de façon critique l'ensemble des études publiées sur le sujet adoptant cette méthodologie.
Deux cents publications dérivées de 48 études ont été retrouvées dans la littérature médicale. Les auteurs ont revu ces 48 études et n'en ont retenu que 16 de haute qualité.
Une association significative forte entre, d'une part, usage de cannabis et, d'autre part, faible niveau d'éducation atteint et toxicomanie à d'autres drogues illicites a bien été retrouvée dans ces études. De même ces travaux ont mis en évidence une corrélation (moins puissante) entre usage de cannabis et troubles psychologiques ou comportementaux. Cependant, à l'examen critique, toutes ces associations semblaient pouvoir être expliquées par d'autres mécanismes qu'une relation de cause à effet (biais méthodologiques, relation inverse ou facteurs de confusions que les divers ajustements pratiqués ne permettent pas d'éliminer).
L'un des arguments les plus forts pour réfuter une relation causale est tiré par les auteurs de l'épidémiologie de la schizophrénie. En effet si de nombreuses études ont paru mettre en évidence une multiplication par 4 à 5 du risque de schizophrénie ultérieure chez les fumeurs de cannabis, l'absence de flambée épidémique de cette maladie alors que le pourcentage de fumeurs de cannabis est passé de 10 à 50 % en 30 ans dément l'hypothèse d'une relation de cause à effet.
Au total pour les auteurs, de cette étude fouillée de l'ensemble de la littérature, il ressort que rien de permet d'affirmer une relation de cause à effet entre consommation de cannabis et troubles psychosociaux ultérieurs...même si rien n'autorise en toute rigueur à l'éliminer.
Le débat est donc (très) loin d'être clos.
Dr Anastasia Roublev
« Psychosocial and social sequelae of cannabis and other illicit drug use by young people : a systematic review of longitudinal, general populations studies. "
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