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Paris, le jeudi 15 avril 2004 – Les stratégies de lutte contre la toxicomanie se suivent et se ressemblent ou ne se ressemblent pas. Ces balancements entre rupture et continuité témoignent de la difficulté ressentie par les gouvernements qui se sont succédés au pouvoir ces vingt dernières années à l'heure d'adopter une politique cohérente et efficace, qui éviterait de pencher vers les extrémités représentées par le tout répressif et le tout libéral. Plus qu'un autre, le gouvernement Raffarin II a fait preuve d'une véritable impuissance dans le domaine. Après avoir longtemps condamné l'action de la gauche, qui s'était démarquée par un discours tendant à mettre sur le même plan les «drogues » légales (tabac et alcool) et les drogues illicites (qu'elles soient considérées comme douces ou dures) et qui, au grand dam de certains, n'avait pas fait de la lutte contre le cannabis une priorité, le gouvernement de Jean-Pierre Raffarin a tardé à présenter son programme. Le 8 mars dernier, le nouveau directeur de la Mission interministérielle des luttes contre la drogue et la toxicomanie (Mildt), Didier Jayle, finissait par établir un plan dont le principal objectif semblait être la lutte contre le cannabis. Un objectif était en effet dessiné : obtenir une baisse de 25 % de l'usage régulier du cannabis parmi les adolescents d'ici 5 ans. Plusieurs méthodes étaient définies, outre la modification de la loi de 1970 qui transforme peine de prison en contravention, le plan prévoyait la nomination dans chaque collège et lycée d'un «coordinateur » chargé de la prévention et la création de «consultations spécifiques » pour les jeunes et leurs parents. En outre, un ambitieux numéro vert baptisé Cannabis Info Service devait être ouvert. A l'époque, certains spécialistes restaient septiques quant à la politique promise par le gouvernement. Philippe Batel, alcoologue à l'hôpital Beaujon commentait alors : «Si le principe des objectifs chiffrés pour évaluer la prévention est une bonne chose (...) pour les drogues, renforcer leur caractère illicite va conduire à des usages clandestins. Et à une sous-déclaration dans les enquêtes auprès des jeunes. Le gouvernement obtiendra un effondrement de la consommation du cannabis qui n'aura rien à voir avec la réalité ».
Alcool et cannabis au même niveau
L'heure ne semble pas encore être à la sous-déclaration, si l'on en croit les résultats de l'enquête européenne ESPAD 2003 (European School Survey Project on Alcohol and Other Drugs) présentés hier et qui concernent la consommation de substances psychoactives chez les collégiens et les lycéens. Deux enseignements marquants ressortent en effet de cette enquête réalisée auprès de 16 833 adolescents : aujourd'hui, la consommation régulière de cannabis et d'alcool tendent à se rejoindre et les adolescents français apparaissent comme les premiers consommateurs de cannabis d'Europe.
Les filles fument plus de tabac...
Grâce à la mise en parallèle des résultats de l'enquête publiée hier avec ceux de deux études réalisées en 1999 et 1993 (ESPAD 1999 et INSERM 1993), la France a pu réaliser un bilan de l'évolution de la consommation des substances psychoactives par les collégiens et les lycéens depuis 10 ans. Ainsi, on peut noter que la consommation de tabac n'a cessé de diminuer chez les adolescents de 12/13 ans qui étaient 4% (2 % pour les filles) à fumer quotidiennement en 1993 et qui sont désormais moins de 2 % (1 % pour les filles). Même tendance chez les adolescents âgés de 14/15 ans, dont la consommation, après avoir connu un pic en 1999, ne cesse de diminuer et atteint même aujourd'hui un niveau inférieur à celui observé en 1993. A cette époque, 11 % des adolescents (14 % des adolescentes) âgés de 14/15 ans fumaient, ils étaient 13 % (15 % chez les filles) en 1999 et sont désormais 9 % (10 % chez les filles). La tendance ne se confirme pas chez les jeunes filles de 16/17 ans qui sont aujourd'hui plus nombreuses à fumer qu'en 1993 (28 % contre 25 %), même si le taux de 35 % enregistré en 1999 n'est plus d'actualité. De même 20 % des jeunes gens de 16/17 ans fumaient régulièrement en 1993, ils sont aujourd'hui 25 % et étaient même 31 % en 1999. On remarquera que concernant le tabac, à partir de 14 ans, les filles sont plus nombreuses à apprécier la cigarette que les garçons.
...et moins de cannabis que les garçons !
Concernant le cannabis, l'évolution est totalement différente. La consommation répétée (plus de dix usages au cours de l'année) de ce produit n'a cessé d'augmenter (sauf pour les garçons de 12/13 ans qui étaient 1 % à goûter régulièrement ce produit en 1993 et qui sont désormais moins de 1 %) même si la progression s'est ralentie entre 1999 et 2003 par rapport à celle observée entre 1993 et 1999. Dans ce domaine, les garçons sont des adeptes bien plus fervents que les filles. Déjà en 1993, 1% des adolescents de 13/14 ans et 7 % des jeunes gens de 16/17 ans fumaient régulièrement ces paradis artificiels contre pratiquement aucune adolescente de 13/14 ans et 4 % de jeunes filles de 16/17 ans. En 1999, la consommation de cannabis avait connu un véritable bond : 19 % des jeunes gens de 16/17 ans (11 % de filles) en consommaient régulièrement. Aujourd'hui, on assiste à une stabilisation chez les filles : 3 % des adolescentes de 12/13 ans faisaient un usage répété du cannabis en 1999 et 3 % continuent aujourd'hui, de même 11 % des jeunes filles de 16/17 ans appréciaient régulièrement cette substance il y a quatre ans et 11 % avouent être des adeptes régulières aujourd'hui. Chez les garçons, la progression a continué : 21 % des adolescents de 16/17 ans et 6 % des 12/13 ans fument régulièrement du cannabis (contre 19 % et 4 % en 1999).
Aujourd'hui, à l'heure de l'avènement du gouvernement Raffarin III, le programme proposé par Didier Bayle n'a pas encore obtenu de validation de Matignon. L'heure est peut être à la révision, d'autant plus que les auteurs de l'étude européenne signalent que «l'intensité de la répression et le niveau de consommation s'avèrent peu liés ».
A.H.
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