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Les centres spécialisés suisses mettent à disposition des seringues et du matériel stérilisés.Expérimenté depuis 1994, le programme de distribution d'héroïne est désormais inscrit dans la loi suisse. Une première en Europe.
La Suisse poursuit sa politique de distribution contrôlée de l'héroïne. Dimanche, les Suisses ont voté à 68,1% en faveur de la pérennisation d'un programme expérimenté depuis 1994 dans toute la Confédération helvétique. Grâce à ce vote, cette distribution médicalisée, qui était jusque là une mesure d'urgence, est donc inscrite dans la loi. Une première en Europe.
«Nous sommes rassurés que les deux tiers de la population suisse reconnaissent le travail que nous avons fait sur le terrain, ce qui est toujours très difficile», se félicite Jean-Félix Savary, secrétaire général du Groupement romand d'études des addictions (GREA).
Un camouflet pour l'Union démocratique du centre (conservateur et souverainiste) qui avait appelé à cette votation, en espérant mettre un terme à cette initiative, jugée «trop chère» et peu incitative pour renoncer à la drogue.
Concrètement, quelque 1.300 héroïnomanes pourront donc continuer à se rendre dans les 22 centres spécialisés (dont deux dans des prisons) pour recevoir quotidiennement leur dose d'héroïne, sous la surveillance d'une infirmière.
Mais la prescription médicalisée d'héroïne n'est qu'un aspect de la politique globale dite des quatre piliers (prévention, répression, lutte contre les dommages, thérapie), mise en place dans les années 90. Pas question donc de faire passer la Suisse pour un pays distributeur d'héroïne.
Un franc investi en rapporte sept
Le programme est en effet très règlementé (voir le texte de loi) : «Cela s'adresse aux toxicomanes qui ont déjà tout essayé pour arrêter et qui se trouvent entre la vie et la mort. C'est une population très dépendante et très précarisée», explique Jean-Félix Savary. D'autre part, l'héroïne n'est qu'une partie du dispositif : le toxicomane bénéficie également d'une prise en charge plus globale, assurée par des médecins, des psychologues, des psychiatres et des assistants sociaux pour les aider à se stabiliser sur le long terme.
Car pour les toxicomanes, la distribution d'héroïne médicalisée n'est qu'un outil, ce n'est pas une fin en soi : 50% des toxicomanes qui en bénéficient se dirigent ensuite vers un programme de substitution à la méthadone et 15 % vers une programme d'abstinence.
Résultat de ce travail de longue haleine : «Le nombre de décès a diminué de 400 à 150 l'an dernier. Du coup, l'âge moyen des consommateurs augmente ce qui veut dire qu'ils restent en vie et qu'ils vieillissent», ajoute Jean-Félix Savary.
Autre conséquence avancée par les partisans de ce programme : une baisse de 60 % des actes de violences dans la rue. «C'est une politique qui réduit les problèmes sur tous les tableaux», précise-t-il.
Le coût de ce programme est évalué à 26 millions de francs suisses (17 millions d'euros) par an. «Un franc investi dans ces mesures en rapporte 4 à 7, d'un point de vue socio-sanitaire et 10 si on prend le coût lié à la criminalité. C'est une politique qui ramène désormais de l'argent», estime le responsable du GREA.
Même si la Suisse fait figure de «pionnière» en matière de distribution médicalisée d'héroïne, d'autres pays lui ont déjà emboîté le pas, à une moindre échelle et sur un temps donné, comme l'Espagne, l'Allemagne, le Canada ou la Grande-Bretagne. Le Danemark doit se lancer le mois prochain.
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